Un soleil noir.
Réveil-cyanure dans une Cité brouillard.
Vision de la ville qui crache un air sale de ses poumons malades. Les rues salies par une suie nucléaire qui coule même des larmes de monstres mécaniques et cancéreux, déchirant le ciel en toussant la fin de leur non-vie d'un rythme saccadé : une pluie corrosive mais légère, légère comme le fut le souffle de dieu lorsqu'il insuffla en l'homme la vision de son passé.
Une pluie griffant les visages d'âmes peinant à se cacher sous les abris rongés par l'acide. Des âmes esclaves enchaînées dans l'entrave de leur corps écorché par le vide.
Se réfléchit sur les cendres grises le halo bleuté et crépitant des écrans d'informations publics, image d'anges messagers aux reflets électriques chuchotant la phrase-clé des portes d'un paradis pathétique. Le grésillement des mots nargue l'oeil fatigué des passants résignés et cligne de son aura, scintillant, susurrant son mensonge comme parle un bourreau à des enfants violés :
« Bienvenue dans l'Eternité... »
Injection de la vie par une seringue mécanique semblable au cylindre d'une bécane chromée, dans une veine érodée à l'image des abris de protections de pluies acides.
Injection de la vie à 500 km/heure.
La vitesse à laquelle on se prend une balle dans la tête à bout portant.
Les pupilles se dilatent instantanément, leur cercle grandissant comme s'étend la tache noire d'un pétrole carnivore dans une mer d'un bleu pur.
L'illusion de la mort est la dernière chose qui rattache à la vie.
Bienvenue dans l'éternité.
Le liquide lubrifié coule à flots dans les tunnels artériels pour s'écraser de plein fouet contre les murs inébranlables et absorbants de cellules génétiques.
Vision du monde dans un globe cristallin. Mort à court terme d'un corps-amarante.
Et dans un spasme nerveux les sens s'éveillent exposant pi.
Le regard court sur l'horizon et l'ouïe recouvre l'infini. L'esprit s'ouvre au magnétique et une logique asémantique défait les trames tissées du destin pour les courber comme des cils. A toute vitesse.
Un ciel changeant d'une lumière rare.
Eveil dément d'une Cité miroir.
L'illusion de la vie est dans la vision de la mort.
La seringue tombe, la plaie se résorbe. Des gouttes de sang fuyantes s'écrasent sur le sol synthétique, leur écho résonne comme des mots. Une voix entonne avec elles une phrase-concerto :« Bienvenue dans la Réalité. »